dimanche 15 mai 2011

The La's ne me lassent pas

Les La's ont réussi l'exploit unique d'être un groupe totalement oxymaudiresque.
Comment ? Totalement quoi ? T'es sûr que ça va toi aujourd'hui ?

Oui, ça va bien et je m'explique :
Dixit wikipédia : "en rhétorique, un oxymore est une figure de style qui vise à rapprocher deux termes que leur sens devrait éloigner, dans une formule en apparence contradictoire. L'oxymore permet de décrire une situation ou un personnage de manière inattendue, suscitant ainsi la surprise. Il exprime ce qui est inconcevable. Il crée donc une nouvelle réalité poétique."

Et c'est bien le cas pour la musique des La's qui peut simultanément ou successivement être folk et électrique ; Classique et moderne ; Mélodieuse et hargneuse ; Charnelle et intellectuelle ; Froide et chaude (sans être tiède, hein…) ; Terre à terre et aérienne ; Répétitive et variée ; Ronde et saccadée ; Populaire et underground ; Grâce à tout cela, leur musique nous projette en effet dans une nouvelle réalité poétique qui leur est propre.

Prends Looking Glass par exemple (ça tombe bien, c'est le morceau que tu es en train d'écouter).
1 - L'intro de 15 secondes laisse penser qu'on va entendre du folk-rock mâtiné de Who 70's et puis ça enchaîne sur une ballade douce et languissante d'un registre plutôt psychédélique mâtiné de Who 60's.
2 - Le final nous entraîne depuis la douceur de cette mélodie entêtante jusqu'à un maelstrom sonore frénétique où s'entremêlent des vocalises sur-vitaminées, des roulements de batterie insensés et des extraits d'autres morceaux de l'album (comme un clin d'œil aux Pretty Things qui utilisèrent le même procédé dans The Journey sur leur album S.F. Sorrow en 1968) pour enfin s'achever sur un larsen rageur. L'ensemble est chargé d'une poésie mélancolique qui nous entraîne au cœur des névroses du compositeur.
3- Ce morceau de près de 8 minutes fait également contraste avec les autres titres du disque dont le plus long fait 3'03" et certains ne dépassent pas les 2 minutes.
Si ça, c'est pas de l'oxymore musical !

Bon, d'accord pour oxymoresque, même si c'est un peu capillo-tracté.
Mais pourquoi oxymaudiresque ?


Lee Mavers, leader et compositeur inspiré du groupe (en fait de groupe, c'était surtout lui et le bassiste John Power entourés de divers guitariste et batteur au fil des ans) est complètement obsédé par la recherche du Son. Il s'est acharné deux ans à enregistrer et ré-enregistrer ses morceaux en épuisant un certain nombre de producteurs, d'arrangeurs, de batteur et de guitariste.
Mais il n'a jamais réussi à reproduire en studio ce qu'il avait en tête.

Ce sont finalement les bandes enregistrées entre décembre 1989 et février 1990 au studio Eden avec Neil Mavers (le frère) à la batterie, Peter "Cammy" Cammel à la guitare solo et Steve Lillywhite aux manettes que le label Go!Discs, lassé par deux années d'investissements sans retour, sortira en novembre 1990, contre l'avis du groupe, mais pour notre plus grand bonheur, sous le titre The La's.

Lee Mavers n'aime pas ces enregistrements et il n'a jamais manqué une occasion de le faire savoir à la presse et au public.

L'album est pourtant reçu par une avalanche d'éloges et Lee Mavers est, à juste titre, considéré par beaucoup de critiques et de fans comme un véritable génie de la musique avec une vision et une voix uniques.

Mais, tout à son obsession (et accessoirement aussi à son addiction à l'héroïne), Lee Mavers en oubliera de composer de nouveaux morceaux. Après quelques tournées autours du monde, John Power, lassé d'interpréter toujours les 15 mêmes titres depuis 5 ans quittera finalement les La's en 1992. Il montera le groupe Cast, dernier mot de la dernière chanson de l'album des La's, toujours Looking Glass, ça tombe encore bien. Malgré ce clin d'œil amical, Cast ne sera jamais à la hauteur des La's, même s'ils obtiennent un franc succès chez nos amis porridges.

Lee Mavers retourne s'installer dans son Liverpool natal et y vit tel un reclus, à l'écart de la scène pop.
Les histoires les plus folles circuleront ensuite sur son compte : il se serait retiré dans un monastère ; Il aurait continué sa lente descente dans l'enfer de l'héroïne ; Il aurait anonymement écrit le hit Changing Man pour Paul Weller ; Il aurait ré-enregistré tout l'album The La's ; Il refuserait de sortir quoi que ce soit tant l'album ne sera pas ré-enregistré ; Il récupèrerait la poussière dans des vieilles tables de mixage vintage pour en asperger ses instruments afin de leur donner le souffle des sixties ; Il aurait enregistré une quarantaine de titres formidables dans le studio de Rat Scabies, batteur de Damned…

En 1995, il annonce au NME avoir écrit des chansons qui sonnent "comme un tank nazi en Egypte" et d'autres inepties difficilement traduisibles en français sur les piscines et les fleuves (Liver - pool et Mersey - ssipi), accentuant et accréditant ainsi les rumeurs de problèmes de drogue !

A ce jour, exceptées quelques prestations scéniques entre 1994 et 1995 avec Dodgy, Paul Weller ou Oasis et une reformation des La's pour quelques concerts en 2005, Lee Mavers n'a plus donné signe de vie et c'est bien dommage.

Bref, Lee Mavers, est bien une figure maudite du rock, à l'instar de Syd Barrett ou Brian Wilson.

Ah OK, Oxy-maudit-resque !
Il est foireux ton jeu de mots, on dirait du Jean Amadou en phase terminale.


Attends, c'est pas fini.
Depuis la sortie de cet excellent album, et toujours à l'écoute des rumeurs régulières de sortie d'une deuxième galette des La's (la dernière rumeur datant de 2009 et impliquant le bassiste des Babyshambles), j'attends toujours avec impatience le retour de Lee Mavers sur le devant de la scène :
le retour de l'oxymore-vivant.

...

Je comprends que tu restes sans voix devant cet excellent jeu de mot, mais retrouves tes esprits et si tu n'as pas encore The La's dans ta discothèque, il faut rapidement réparer cette erreur, ne serait-ce que pour Son Of A Gun (rythmique saccadée, mélodie ronde ; voix rocailleuse, choeurs aériens), Timeless Melody (mélodie imparable et mélancolique, solo destroy et agressif) et Way Out (décalage maîtrisé du rythme et de la guitare solo) qui sont toutes les trois des chansons absolument indispensables, brillantes, uniques et oxymaudiresques !



Son of a Gun & There She Goes - Live accoustique à la télé :


Way Out, live en 1989 :


Way Out, audio only :


Way Out, clip d'une version différente du disque, un peu plus accoustique :


Timeless Melody, live accoustique en duo à la télé :


Timeless Melody, clip :


Paul Weller, The Changing Man :

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